Carole Delga

SUR LE GRILL : avec Carole Delga

Ancienne fonctionnaire territoriale, Carole Delga est depuis 2016 la présidente de la région Occitanie. Son accent chantant du sud-ouest, cette toulousaine le conserve jalousement. Comme un signe de plus de son authenticité. Car Carole Delga se veut proche des gens, de son territoire et de ce qui en fait sa richesse.

Chefs d’Oc : En Occitanie, on dénombre plus de 260 produits sous signe de qualité : AOC/AOP, Label Rouge, IGP. Vous êtes attachée à la notion de terroir, semble-t-il.
Carole Delga : Beaucoup, car le terroir c’est notre culture, notre identité, il est indissociable de notre mode de vie. Quand on pense Occitanie, on pense aux criées sur les ports, aux marchés au gras, aux vendanges, aux festivités qui rythment la vie de nos villages et sont des moments forts de partage. Ces 260 produits sous signe de qualité prouvent que nos producteurs détiennent un savoir-faire reconnu. Ils montrent aussi à quel point l’Occitanie est un garde-manger exceptionnel par sa diversité. Produits de nos montagnes, de nos coteaux, de nos vignes, de nos plaines et de notre littoral… Difficile voire impossible de ne pas y trouver son bonheur.

Carole Delga Chefs d'Oc

En 2018, la Région Occitanie annonçait le lancement d’une nouvelle stratégie de promotion pour les produits de la marque Sud de France. Où en êtes-vous ?
Sud de France, ce sont aujourd’hui près de 1 400 adhérents qui nous font confiance, et nous avons tout récemment dépassé la barre symbolique des 10 000 produits référencés. Cette marque ombrelle amène immédiatement aux producteurs une notoriété, quand elle représente pour le consommateur l’assurance d’acheter un produit local qui respecte un cahier des charges exigeant. Pour que le consommateur se repère plus facilement, nous venons de décliner trois sous-familles de produits : l’Excellence de l’Occitanie, pour les produits sous signe de qualité et d’origine, le Bio d’Occitanie, pour les produits certifiés AB et les Produits d’Occitanie, pour tous les autres produits.

Vous avez lancé il y a quelques mois un pacte pour une alimentation durable en Occitanie. Pouvez-vous nous en dire plus ?
L’alimentation est la grande cause régionale sur laquelle nous avons choisi de nous mobiliser en 2018 et 2019. C’est un véritable enjeu de société. Ce pacte a été lancé à la suite d’une large concertation, charge à nous maintenant de le mettre en musique, le but étant double : accompagner chaque citoyen dans la transition alimentaire et garantir aux producteurs une juste rémunération. Gardons à l’esprit ce chiffre alarmant : en 2016, 30 % des agriculteurs avaient un revenu inférieur à 350 € par mois, c’est tout sauf acceptable ! Le plan définit 10 actions phares, parmi lesquelles le soutien aux agriculteurs diminuant l’utilisation de pesticides et de traitements phytosanitaires de synthèse, le développement de nouveaux réseaux de distribution, tels que les magasins de producteurs ou encore la promotion d’initiatives réduisant le gaspillage alimentaire…

Carole Delga Présidente Région Occitanie

Et concernant la restauration scolaire ?
Nous avons là aussi décidé de faire bouger les choses. Il faut savoir qu’en Occitanie, chaque jour, 157 000 repas sont servis dans les 192 lycées que nous gérons, ce n’est pas rien. Nous nous sommes fixé un objectif ambitieux : arriver d’ici deux ans à proposer 40 % de produits de qualité et de proximité dans les cantines de ces lycées. Et surtout, sans alourdir la facture pour les familles, ce qui est un vrai défi. Un tiers des lycées sont déjà engagés dans cette initiative, la montée en puissance s’effectue de manière progressive. En même temps, nous voulons aider les lycées à supprimer les emballages plastiques. L’enjeu est à la fois écologique et sanitaire, car moins de plastique, c’est moins de déchets mais c’est aussi moins de risques d’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Le bio, qu’en pensez-vous ?
Que du bien, vous vous en doutez. Si l’Occitanie est la première région française en agriculture biologique, représentant à elle seule plus du quart des surfaces bio françaises, j’ai la faiblesse de penser que la politique régionale que nous menons y joue un rôle. Promouvoir le bio est l’une de nos priorités. Cela s’applique à la production bio, nous finançons par exemple les agriculteurs en conversion. Nous avons d’ailleurs augmenté de 40 % le budget que nous consacrons à l’agriculture bio, pour atteindre 3,4 M€ en 2019. Mais produire bio ne suffit pas, nous soutenons en parallèle la consommation, notamment en incitant les achats de produits bio dans les lycées. Après, je ne défends pas le bio à tout prix. Je prône le bon sens : entre un ananas bio qui parcourt des milliers de kilomètres avant d’arriver sur nos étals et des fraises locales produites à deux pas en agriculture raisonnée,
je choisis les fraises sans hésiter.

Propos recueillis par MARIE GINESTE
Photos ©Guilhem CANAL