Château Capion : Un domaine historique entre vin et renaissance

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À Aniane, au cœur des Terrasses du Larzac, Château Capion entame une nouvelle histoire. Racheté en 2023 par Francis Ingrand et Sandrine Tannière, le domaine conserve l’exigence de ses vins tout en s’ouvrant à une vision plus incarnée, plus vivante. Ici, le patrimoine ne se fige pas : il se réinvente, sans jamais trahir ce qui fait sa singularité.

Un domaine à la hauteur de son paysage

À quelques kilomètres de Montpellier, Capion appartient à ces lieux que l’on ne découvre jamais tout à fait par hasard. Le domaine s’étend sur 85 hectares, dont près de 60 de vignes conduites en agriculture biologique, au cœur de l’appellation Terrasses du Larzac. Le château, édifié au XVIIe siècle puis transformé en folie vigneronne au XIXe, impose d’emblée sa présence. Il raconte cette histoire languedocienne faite de terres agricoles devenues lieux de villégiature, de production devenant décor, de travail devenant art de vivre. Autour, le paysage s’organise en strates : jardins, bois, vignes, reliefs. Un territoire complet, presque autonome, où chaque élément semble dialoguer avec l’autre.

2023 : un couple, une vision

Le tournant s’opère en 2023, lorsque le domaine est repris par Francis Ingrand et Sandrine Tannière, un couple de Montpelliérains au parcours atypique. Lui dirige Plug In Digital, acteur majeur de l’édition et de la distribution de jeux vidéo. Elle a grandi dans le vin, nourrie très tôt par une culture de la dégustation et du produit. Deux univers a priori éloignés, réunis ici autour d’un projet commun. « Après avoir grandi dans le monde du vin, travaillé dans le tourisme, je ne pouvais pas rêver mieux que ce fabuleux domaine pour lancer notre aventure viticole », confie Sandrine Tannière. « Il y avait le savoir-faire, mais il manquait le faire-savoir. L’idée, c’était d’incarner le domaine, de lui redonner une présence », ajoute Francis Ingrand. Leur ambition est claire : préserver l’excellence existante, tout en apportant une lecture plus personnelle du lieu. Incarnée. Habitée. Ils arrivent avec un regard neuf, mais sans naïveté. Le vin, ici, est déjà là. Le défi n’est pas de reconstruire, mais de révéler.

Préserver sans figer : le travail sur les vins

Sur la partie viticole, la ligne est assumée : continuité et précision. Le domaine, entièrement certifié bio depuis 2020, s’appuie sur un outil technique performant et une connaissance fine des terroirs. Les nouveaux propriétaires choisissent de ne pas rompre avec cet héritage. Les gammes sont conservées, les équilibres respectés. Mais des ajustements viennent affiner le style : moins de bois, plus de tension, une recherche de fraîcheur adaptée au climat et aux attentes actuelles. Les contenants évoluent, foudres, demi-muids pour accompagner le vin sans l’écraser. Certaines cuvées iconiques, comme l’Éocène, deviennent encore plus exigeantes, produites uniquement lorsque le millésime le permet. D’autres voient le jour, comme un pétillant ou un vin moelleux, rare sur le secteur, signe d’une volonté d’élargir sans diluer. Ici, l’évolution se fait par touches, jamais par rupture.

Donner une âme au lieu

C’est sans doute là que la transformation est la plus visible. Longtemps, Capion a été un grand domaine sans véritable incarnation. Un lieu magnifique, mais discret. Les nouveaux propriétaires veulent changer cela. Le château lui-même a connu une métamorphose accélérée à l’occasion d’un tournage d’envergure. Pendant plus d’un an, une série produite pour M6 a investi les lieux, mobilisant des équipes importantes et redonnant vie à l’ensemble du bâti. Décors, aménagements, remise à niveau technique : cette parenthèse inattendue a permis de rénover en profondeur le château, bien au-delà de ce qui aurait été envisageable autrement. Une opportunité que les propriétaires ont pleinement saisie, récupérant aujourd’hui un lieu repensé, prêt à accueillir une nouvelle dynamique. L’objectif est clair : faire de Capion un lieu vivant.

Les formats se multiplient : mariages, séminaires, soirées musicales, cinéma en plein air, expériences œnologiques, collaborations gastronomiques. Les « apéros château », organisés tout l’été, incarnent ce nouvel essor : accessibles mais structurés, conviviaux mais maîtrisés. « Nous voulons un lieu éclectique », expliquent-ils. Un endroit où coexistent vin, culture, fête et contemplation.

Entre nature, patrimoine et expérience

Capion ne se limite pas à son vignoble. Le domaine est aussi un paysage à parcourir. Jardins à la française, arbres centenaires dont certains classés remarquables, chapelle consacrée, résurgence naturelle du Gassac : le lieu multiplie les points d’ancrage. On peut y venir pour déguster, mais aussi pour marcher, explorer, s’attarder. À pied, à vélo, autour d’un verre ou d’un simple moment suspendu. Cette dimension expérientielle devient centrale. Non pas comme un artifice, mais comme une évidence : ici, le vin s’inscrit dans un cadre.

Un domaine entre deux époques

Château Capion est aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Il conserve l’héritage d’une période où l’exigence technique a structuré le domaine. Mais il entre dans une phase nouvelle, plus narrative, plus ouverte, plus incarnée. Le vin reste le socle. Le lieu devient langage. Et dans cet équilibre encore en construction, Capion trouve peut-être sa définition la plus juste : un domaine qui ne cherche plus seulement à produire, mais à exister.

Capion vu par le chef Patrick Guiltat

Ancien chef du Castel Ronceray à Montpellier, Maître Cuisinier de France, aujourd’hui à la retraite, Patrick Guiltat regarde Capion avec le recul d’une vie entière passée en cuisine.

Le chef n’est pas du genre à s’emballer. Quarante ans de cuisine, des brigades à diriger, des maisons à faire tourner : il regarde les lieux avec une forme de lucidité tranquille. À Capion, ce qu’il note d’abord, ce n’est pas le décor pourtant spectaculaire mais la cohérence. Un domaine qui ne cherche pas à en faire trop. Des vins propres, lisibles, sans maquillage. « On comprend ce que l’on boit », résume-t-il simplement. Formé à Paris, passé par Potel et Chabot, Le Train Bleu, puis installé plus de vingt ans à Montpellier, il a connu une époque où la démonstration primait souvent. Ici, il retrouve quelque chose de plus essentiel : de la mesure. Des rouges qui restent digestes, des équilibres qui tiennent dans le temps, une écriture qui ne fatigue pas. Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est l’évolution du lieu. Cette manière de rouvrir le domaine, de le rendre accessible sans le banaliser. « Aujourd’hui, les gens ne viennent plus seulement pour le vin, mais pour ce qu’il y a autour », observe-t-il. Avec le recul, il y voit un mouvement logique. Un domaine qui reste sérieux sur le fond, mais qui accepte de vivre autrement. « Ce qui est sûr, c’est que je vais revenir », glisse-t-il avec le sourire.

Chemin de Capion – 34150 Aniane
Du lundi au samedi de 10h00 à 18h00
04 82 81 03 11
www.chateaucapion.com