Jeremy Banster, vivre et transmettre

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Il est de ceux qu’une seule vie semble ne pas pouvoir contenir. Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, homme de théâtre et même vigneron, Jeremy Banster avance au gré de ses passions et de ses rencontres. À la table d’Amélie Young Min Deguine, il raconte le cinéma, le vin, la transmission et cette urgence qui semble le guider : ne plus seulement rêver sa vie, mais la vivre pleinement.

Vous connaissez déjà bien la cuisine d’Amélie. Comment l’avez-vous découverte ?
Par des amis communs, Stéphane et Sébastien, qui m’ont dit un jour : “Il faut absolument que tu viennes manger ici”. Je m’y suis rendu et, depuis, je reviens très souvent. Même tout seul ! Quand je suis dans le centre de Montpellier, que j’ai peu de temps et que je veux bien manger, je viens ici.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans sa cuisine ?
J’aime tout, c’est ça le problème ! J’aime beaucoup ses associations, ce mélange entre la cuisine coréenne, la cuisine française et toutes ces petites touches exotiques. Il y a parfois des ingrédients ou des saveurs que je ne connais même pas. Alors je lui fais confiance. Souvent, je lui dis simplement : “Commande pour moi” . Et je ne suis jamais déçu.

Quelle place la cuisine occupe-t-elle dans votre vie ?
Une place primordiale. Mes parents ne cuisinaient pas. C’est un peu comme la cigarette : ils fumaient, donc je ne fume pas ; ils ne cuisinaient pas, donc je cuisine ! C’est ma petite rébellion. J’ai découvert la cuisine dans les restaurants, auprès de grands chefs, mais aussi grâce à des amis plus âgés qui m’ont beaucoup appris. Ensuite, je me suis mis à cuisiner chez moi, assez instinctivement. J’aime les produits locaux, aller au marché, rencontrer les petits producteurs… Tout cet univers m’intéresse énormément.

Pour vous, la gastronomie est donc avant tout une histoire de partage…
Complètement. J’ai toujours dit : “Peu importe ce que l’on a dans son assiette, ce qui est important, c’est qui se trouve autour de la table” . Avec le temps, évidemment, ce qu’il y a dans l’assiette est devenu important aussi ! Mais ce qui reste essentiel, ce sont la convivialité, la famille, les amis, le fait de bien manger, de bien boire et de partager un moment de qualité.

Vous souvenez-vous d’un repas qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, à Portofino, en Italie. Nous étions arrivés sans réservation et, par chance, une toute petite table venait de se libérer sur le port. On nous a servi des spaghettis à la truffe et au parmesan, préparés dans une meule de parmesan. Je crois que ce sont les meilleures pâtes à la truffe que j’ai mangées de ma vie. Mais ce n’était pas seulement l’assiette. Il y avait le vin, le lieu, les personnes avec qui j’étais, le moment… C’était une constellation de petites choses qui, mises ensemble, ont rendu ce repas inoubliable. C’est souvent cela, finalement, les grands souvenirs.

Votre passion pour le vin vous a conduit jusqu’au Château Prat de Cest, à Bages, dans les Corbières. Comment cette aventure a-t-elle débuté ?
Encore une fois, je pars de l’humain. J’ai découvert le vin parce que j’aimais ça et parce que je le partageais avec des amis, notamment des gens qui avaient un palais beaucoup plus éduqué que le mien et des œnologues qui m’ont énormément appris. ensemble. Cela fait maintenant huit ans, et Guillaume est devenu un ami très proche.

Participez-vous réellement à l’élaboration des vins ?
Oui. En fonction de mes disponibilités et des saisons, je participe à certaines cuvées, des vendanges jusqu’à la mise en bouteilles. Je m’intéresse aux assemblages, aux dégustations à l’aveugle avec les œnologues, mais aussi au choix de la bouteille, de l’étiquette… J’ai énormément appris et progressé. Lorsque je suis arrivé, j’ai par ailleurs dit à Guillaume que, pour moi, il fallait aller vers le bio. Nous avons travaillé en bio dès la première année, puis il y a eu les trois années de conversion. Aujourd’hui, tous les vins sont bio. J’avais depuis longtemps ce rêve de m’investir un jour dans un domaine viticole. Un ami négociant dans le Bordelais, à qui j’en avais parlé des années auparavant, m’a un jour appelé pour me présenter Guillaume Allien, du Château Prat de Cest. Nous avons déjeuné ensemble et ce déjeuner a finalement duré tout un week-end ! Nous nous sommes raconté nos vies et, à la fin, nous avons décidé de travailler ensemble. Cela fait maintenant huit ans, et Guillaume est devenu un ami très proche.

Participez-vous réellement à l’élaboration des vins ?
Oui. En fonction de mes disponibilités et des saisons, je participe à certaines cuvées, des vendanges jusqu’à la mise en bouteilles. Je m’intéresse aux assemblages, aux dégustations à l’aveugle avec les œnologues, mais aussi au choix de la bouteille, de l’étiquette… J’ai énormément  appris et progressé. Lorsque je suis arrivé, j’ai par ailleurs dit à Guillaume que, pour moi, il fallait aller vers le bio. Nous avons travaillé en bio dès la première année, puis il y a eu les trois années de conversion. Aujourd’hui, tous les vins sont bio.

Pourquoi avoir choisi les Corbières ? C’est un terroir magnifique qui, paradoxalement, reste parfois moins mis en lumière que d’autres appellations du Sud. Qu’est-ce qui vous a séduit ici ?
Oui, les Corbières ont longtemps souffert de certains préjugés : des vins très puissants, tanniques, solaires, parfois très alcoolisés, auxquels on n’associait pas forcément la finesse ou la délicatesse. Et il faut être honnête, cette image n’était pas complètement infondée il y a encore quelques années. Nous avons voulu travailler autrement, avec des vins accessibles à tous les palais, plus doux, plus minéraux, davantage tournés vers le fruit. Le domaine bénéficie en outre de cette proximité avec la Méditerranée et les étangs. Il y a une vraie minéralité. Chaque année nous avons progressé, et je suis très fier du résultat.

AMÉLIE YOUNG MIN DEGUINE DE SÉOUL À MONTPELLIER, UNE CUISINE ENTRE DEUX CULTURES

Née en Corée du Sud, formée aux arts culinaires français puis à la cuisine royale coréenne, Amélie Young Min Deguine fait dialoguer depuis près de dix ans ses deux cultures à Montpellier. Une cuisine d’instinct, de précision et de rencontres, que Jeremy Banster connaît bien. Au point de lui laisser volontiers carte blanche : “Commande pour moi, lui dit-il souvent. Une confiance gagnée au fil des assiettes et des découvertes.

Qu’est-ce que le vin représente finalement pour vous ?
Le partage. Sans le collectif, je n’existe pas et ça ne m’intéresse pas. Boire un Pétrus tout seul, franchement… je préfère boire un Coca ! En revanche, ouvrir un Pétrus à sept autour d’une table, là, cela devient intéressant : on partage, on discute du vin, de ce que l’on mange avec… Pour moi, le vin, c’est ça : la convivialité, l’amitié, le partage et ces moments rares de la vie.

Vos parents évoluaient déjà dans le milieu du cinéma. Avez-vous toujours su que vous deviendriez comédien ?
Assez jeune, oui. J’ai commencé le théâtre vers l’âge de 12 ou 13 ans, puis j’ai arrêté parce que je n’étais pas tombé sur le bon professeur. J’ai repris après le bac. J’avais passé une sorte de contrat avec mon père : “Passe ton bac, et après tu feras ce que tu veux”. J’ai ensuite intégré une école très sélective à Paris. Pour mes parents, qui connaissaient la difficulté de ce métier, le fait que je sois admis donnait une forme de légitimité à mon choix.

Le grand public vous associe beaucoup à Un si Grand Soleil, que vous avez tourné pendant trois ans. Certains rôles moins connus vous tiennent-ils particulièrement à cœur ?
Oui, forcément. C’est le paradoxe de ce métier. Un succès populaire peut vous identifier trè fortement à un personnage, alors que vous avez
parfois interprété ailleurs des rôles beaucoup plus complexes ou qui vous ont demandé davantage de travail. Je pense notamment à La Cible, que nous avons tournée à Montpellier avec Tomer Sisley et dans laquelle j’ai un très beau rôle. Il y a aussi Bugarach, une série que j’ai adoré faire et que j’ai coproduite. Elle n’était pas simple à monter parce qu’elle sortait des codes habituels de la fiction française : de l’anticipation, de jeunes premiers rôles, pas forcément un énorme casting… Et finalement, elle a trouvé son public et une saison 2 est en préparation. Mon personnage étant mort, je ne serai évidemment pas dans la suite ! Ce sont souvent ces personnages avec davantage de relief, d’aspérités et de failles qui sont les plus intéressants à jouer.

Vous êtes acteur, mais également réalisateur, scénariste et producteur. Cette envie de raconter vos propres histoires était-elle présente dès le départ ?
Oui, depuis toujours. Au conservatoire, j’ai très vite commencé à mettre en scène mes camarades. J’avais envie de raconter mes propres histoires, d’écrire, de produire, de mettre en scène. À l’époque, j’avais notamment monté Montserrat, d’Emmanuel Roblès. Nous étions treize sur scène. C’est une pièce autour de la révolution en Amérique du Sud, à l’époque de Bolívar, et j’en garde un souvenir très fort. J’ai d’ailleurs retrouvé récemment plusieurs comédiens de cette aventure au Festival d’Avignon. Nous avons refait une photo ensemble, trente ans plus tard, et cela m’a donné envie de remonter la pièce.

 

Le théâtre reste justement très présent dans votre vie…
Oui, très présent. Je viens de prendre la Direction des Affaires Culturelles de la ville de Castelnau-le-Lez et du Kiasma, avec une nouvelle programmation et de nouveaux spectacles. Et je vais remonter sur scène l’année prochaine dans Le Tigre bleu de l’Euphrate, de Laurent Gaudé, un seul-en-scène autour des derniers jours d’Alexandre le Grand. Nous ferons la première au Kiasma, à Castelnau-le-Lez, le 20 avril 2027, avant de partir en tournée. C’était aussi un rêve : avoir un texte que je puisse emmener partout et jouer longtemps. Je peux le jouer aujourd’hui comme je pourrai encore le jouer à 80 ans. Et entre deux tournages, je peux continuer à le faire vivre sans dépendre du planning d’un autre comédien.

Vous êtes arrivé dans la région pour Un si Grand Soleil. Pourquoi avoir choisi d’y rester ?
Je dis souvent que ce n’est pas moi qui ai adopté la région, c’est elle qui m’a adopté ! Je me suis installé ici, mes enfants y sont scolarisés, ils sont heureux et je n’ai aucune envie de retourner vivre à Paris. Je continue évidemment à aller à Paris pour travailler, j’y ai ma famille, mais j’y reste finalement assez peu. J’ai construit beaucoup de choses ici. Et comme je suis hyperactif, j’ai besoin d’avoir plusieurs projets en permanence !

Parmi ces projets, il y a votre deuxième long métrage comme réalisateur, À bras le cœur. Où en êtes-vous ?
Nous sommes en fin de montage, de postproduction et de musique. Le film devrait être terminé courant septembre. Ensuite, nous commencerons les festivals à partir d’octobre ou novembre, avec une sortie en salles prévue au premier semestre 2027. C’est un film très important pour moi parce qu’il est inspiré de mon histoire familiale et notamment de la déportation à Mauthausen en 1944. Mais je ne voulais surtout pas faire un film historique classique, avec des archives, du noir et blanc ou des flash-back. Toute l’histoire se déroule en 2026.

Le film parle notamment de transmission et de mémoire…
Oui. C’est une histoire d’amour, une rencontre, à travers laquelle je parle notamment d’épigénétique, de ce que nous pouvons porter en nous des générations précédentes. Les deux personnages vont être amenés à enquêter sur leur passé familial et à découvrir ce qui s’est réellement joué entre leurs familles pendant la guerre. Ce qui m’intéressait, c’était de raconter tout cela depuis le présent, à travers leur histoire d’amour, pour rendre le sujet accessible, notamment aux plus jeunes.

Pourquoi était-il si important pour vous de raconter cette histoire aujourd’hui ?
Parce qu’elle parle d’héritage, de transmission, de filiation et de devoir de mémoire. L’époque dans laquelle nous vivons m’inquiète. J’ai des enfants et j’ai envie qu’ils restent vigilants, qu’ils soient des ambassadeurs de la curiosité, du respect, de l’humilité, de la tolérance et de l’acceptation de l’autre. Si ce film peut aussi donner envie à des jeunes de s’interroger, de comprendre et de s’engager, alors il aura été utile.

Votre premier long métrage, La Vie pure, était déjà inspiré d’une histoire vraie. Est-ce essentiel pour vous ?
Oui. La Vie pure racontait déjà une histoire vraie, celle d’un père qui cherche son fils dans la forêt pendant douze ans. J’aime les histoires vraies. Je trouve qu’il y a déjà suffisamment d’événements extraordinaires dans la réalité pour ne pasforcément avoir besoin d’en inventer. Nous avons tourné principalement dans la forêt amazonienne, en Guyane, au Suriname et au Brésil. C’était très difficile, mais extraordinaire. Ce film parlait également de l’immensité de la nature face à l’infiniment petit qu’est l’être humain. Nous avons parfois une forme de prétention en tant qu’êtres humains, alors que, face aux éléments naturels, nous ne sommes pas grand-chose. C’était déjà, d’une certaine manière, une alerte écologique.

Est-ce cela qui guide aujourd’hui vos choix artistiques ?
Oui. Il faut faire des choses qui ont du sens. Pour moi, faire un film n’est pas un caprice. J’ai envie que ce que je fais puisse rester, comme un tableau de maître peut continuer à provoquer une émotion vingt, cinquante ou cent ans après sa création. Je ne dis évidemment pas que mes films auront cette destinée-là, mais c’est ce vers quoi j’ai envie de tendre : raconter quelque chose qui puisse continuer à provoquer une émotion.

De tout ce parcours, de quoi êtes-vous le plus fier ?
De mes enfants. Sans hésiter. De ce que j’essaie de leur transmettre chaque jour. Et puis je suis fier aussi d’être devenu un artiste au sens large. Je suis comédien, réalisateur, producteur, je fais du théâtre, je m’investis dans le vin… J’aime toutes ces casquettes et toutes ces manières différentes de transmettre. J’essaie, comme un petit colibri, d’apporter ma petite pierre à l’édifice, avec beaucoup d’humilité, mais en essayant de servir à quelque chose.

Si le Jeremy de 20 ans vous voyait aujourd’hui, serait-il surpris ?
Je ne crois pas. Il se dirait sûrement : “Ça n’a pas été facile, mais c’est bien”. Il y a quelques années, j’ai décidé d’essayer d’accomplir mes rêves. La vie est courte et elle peut s’arrêter demain. Faire ce film autour de mon histoire familiale était un rêve. Avoir un lieu culturel était un rêve. Remonter sur scène était un rêve. M’investir dans un domaine viticole était un rêve. Toucher du doigt ses rêves, c’est déjà réussir. Tenter, c’est déjà réussir. Il faut arrêter d’avoir des rêves : il faut les vivre.

Et parmi votre actualité, il y a aussi votre arrivée dans Ici tout commence sur TF1…
Oui, et c’est très important pour moi. Je reviens dans une quotidienne et j’en suis vraiment très heureux. J’ai été accueilli sur cette série comme je ne l’avais jamais été auparavant. J’y incarne Arno Iragui, un Basque qui arrive à l’Institut Auguste Armand parce que ses deux enfants, Oriane et Félix, y sont admis. Je suis par ailleurs très heureux de tourner avec Benjamin Baroche, qui est un bon copain. Nous nous connaissons depuis longtemps, notamment par le théâtre.

L’univers de la série, très lié à la gastronomie, doit forcément vous parler…
Évidemment ! J’y ai découvert tous ces jeunes comédiens, leur fraîcheur, leurs talents, mais aussi tout cet univers autour de la gastronomie, des associations terre-mer, de la culture culinaire… Tout cela me parle énormément. Avec Benjamin, nous partageons également la même vision du métier : nous sommes des artisans, des bâtisseurs et nous sommes au service de l’histoire. Les décors naturels sont magnifiques, notamment le château, j’y fais beaucoup de belles rencontres et, surtout, cela me permet de travailler tout en restant près de mes enfants. Ce n’est pas rien. Tout est réuni pour que je sois très heureux.

RESTAURANTS UMAMI, ENTRE FRANCE ET CORÉE

C’est une adresse où Jeremy Banster revient régulièrement, parfois même en solo, lorsqu’il veut “bien manger” au cœur de Montpellier. L’aventure Umami, née en 2017 rue Jean-Jacques Rousseau, se poursuit aujourd’hui entre Le Bistrot Umami, place de la Canourgue, et La Dame de Séoul, rue de l’Ancien Courrier. Deux expressions d’une même cuisine, où les racines coréennes de Min rencontrent produits, techniques et inspirations françaises.

Le Bistrot : 3, place de la Canourgue – MONTPELLIER
La Dame de Séoul : 3, place de l’Ancien Courrier – MONTPELLIER
www. umami-cinquiemesaveur.com