L’Oratoire Saint Jean d’Aureilhan : Le temps comme signature

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À Liausson, au-dessus du lac du Salagou, Franck Soulayrol avance à rebours de son époque. À 31 ans, ce fils de vigneron, neveu de la célèbre famille Vaillé (La Grange des Pères), construit patiemment un domaine à son image : exigeant, discret, profondément ancré dans le temps long. Ici, pas de précipitation. Le vin se pense, s’attend, se mérite. Et surtout, il se souvient.

Une naissance dans le temps long

Issu d’une lignée de vignerons, Franck Soulayrol n’a pourtant jamais choisi la facilité. Grandir dans les vignes ne suffit pas à façonner un style. Très tôt, il ressent le besoin de tracer sa propre voie, de s’éloigner, d’observer. Un BTS viticulture-œnologie, des années de formation au Clos Marie, puis un passage déterminant en Bourgogne, chez Denis Mortet. Là, il apprend une notion essentielle : le vin ne se fabrique pas, il s’accompagne. Quand il revient en 2017, après une parenthèse australienne, il ne reprend pas simplement le domaine familial. Il construit le sien. Sélectionne ses parcelles. Plante. Expérimente. Attend. Les premiers vins naissent en 2021, après des années de préparation silencieuse. Ils ne seront commercialisés que plus tard, une fois prêts. Une évidence.

Un terroir de contrastes, une écriture singulière

À Liausson, le vignoble n’est pas homogène. C’est même tout l’inverse. Exposition nord, rare dans l’Hérault. Écarts d’altitude marqués. Sols d’argiles rouges au bord du lac, calcaires en hauteur. Une diversité qui autorise tout, mais exige surtout beaucoup. Franck Soulayrol compose avec cette complexité. Mourvèdre, Syrah, Sangiovese bientôt complétés par des blancs forment une palette pensée comme un langage. Les cépages vinifiés séparément, élevés longuement vingt-quatre mois avant d’être assemblés. Non pour multiplier les cuvées, mais pour construire une seule expression. Car le domaine ne produit aujourd’hui qu’un unique vin rouge. Une cuvée d’assemblage, précise, tendue, pensée comme une ligne.

Faire peu, mais faire juste

Cinq hectares aujourd’hui. Peut-être huit ou dix demain. Pas plus. Le refus de grossir n’est pas un discours, c’est une condition. « Pas envie de perdre du plaisir », glisse-t-il simplement. Dans les vignes, le travail est précis, engagé, certifié en agriculture biologique – sans en faire un argument marketing. Une évidence plus qu’un positionnement. À la cave, la même exigence : observer, goûter, attendre. Toujours attendre. Car pour Franck Soulayrol, le vin ne s’analyse pas, il se goûte. « On ne fait pas du vin avec une analyse, affirme-t-il. Comme en cuisine, il faut goûter ».

Le pari du temps contre l’époque

Dans un monde obsédé par l’instant, il choisit le délai. Ses vins sont pensés pour évoluer. Sept, huit ans. Parfois plus. Le temps nécessaire pour voir apparaître les arômes tertiaires, cette complexité qui transforme un vin en expérience. Un bon vin, dit-il, « c’est un vin dont on se souvient ». Tout est là. Dans cette mémoire qu’il cherche à provoquer. Dans cette émotion qui dépasse la technique. Dans cette idée que le vin doit accompagner un moment, rassembler, marquer.

Un domaine en devenir

Aujourd’hui, L’Oratoire Saint Jean d’Aureilhan n’en est qu’à ses débuts. Quelques millésimes, une seule cuvée, diffusée avec parcimonie, chez des cavistes et des tables choisis. Pas de développement précipité. Pas de multiplication. Seulement l’envie de construire. Et peut-être, un jour, de transmettre.

L’Oratoire Saint Jean d’Aureilhan vu par Paul Courtaux

Au Saint-Georges, à Palavas-les-Flots, les vins de Franck Soulayrol ont trouvé un écho naturel. Chez Paul et Hélène Courtaux, ils ne sont pas simplement référencés : ils sont compris. Parce qu’ils partagent une même vision, faite de précision, de retenue et de respect du temps.

Paul Courtaux reconnaît dans les vins de l’Oratoire une forme de maturité rare. « Ce qui frappe, c’est la cohérence du discours avec le verre », confie-t-il. Une droiture, une tension, une capacité à laisser le vin s’exprimer sans artifice, autant de qualités qui résonnent avec sa propre cuisine. Au Saint-Georges, rien n’est démonstratif. Tout est pensé pour être juste. Les produits de la mer dialoguent avec ceux de l’arrière-pays, dans un équilibre subtil, presque instinctif. Les vins de Franck Soulayrol s’y glissent naturellement, prolongeant l’expérience sans jamais la dominer. En salle, Hélène Courtaux défend ces bouteilles avec la même exigence. Sa carte privilégie des vignerons engagés, capables de raconter un lieu, une intention. « Il y a chez Franck une sincérité et une patience qui forcent le respect, surtout à son âge », souligne-t-elle. Cette exigence, elle la partage dans chaque accord, chaque service, chaque recommandation. Entre Liausson et Palavas, un fil invisible se tisse. Celui d’artisans qui avancent sans bruit, mais avec une conviction profonde : faire juste.

L’Oratoire Saint Jean d’Aureilhan
Route de Salasc 34800 Liausson