Mas Lasta, Anne-Laure SICARD

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Mas Lasta, Anne-Laure SICARD

Carole et Benjamin Soubeiran, du Bistrot de Caro à Lunel, nous ont donné rendez-vous en Terrasse du Larzac, au-dessus du petit village de Saint-Privat, à la rencontre d’Anne-Laure Sicard. Ingénieure agronome de formation, elle cultive des vins bio en suivant les préceptes de la biodynamie dans un espace totalement préservé. Rencontre.


Ici pas de « domaine » à proprement parler. Simplement les vieilles vignes d’Anne-Laure, les oliviers, les genêts et les moutons. La jeune femme de 37 ans n’est pas issue d’une famille viticole. Lorsqu’elle intègre l’École d’ingénieurs en agronomie de Montpellier, elle ne se prédestine pas au monde du vin. Ce qu’elle cherche avant tout, c’est un produit qu’elle pourrait élaborer de A à Z, de la terre à la bouche. En premier, elle pense au fromage. Elle travaille d’ailleurs sur une exploitation de Rocamadour. Mais l’astreinte des traites la décourage. Finalement elle s’oriente vers le vin. Le coup de cœur sera au rendez-vous. À 22 ans, diplôme en poche, elle se juge encore jeune pour s’installer. Alors pendant quatre ans, elle enchaîne les vendanges entre hémisphères sud et nord. À son retour, elle mettra presque cinq ans à trouver son  « chez elle ». « C’est l’endroit où je vais rester toute ma vie ! C’était très important de faire le bon choix ! Et je ne regrette pas ce temps passé, mes vignes sont encore mieux que ce que j’avais imaginé ».

En 2016, elle fait donc l’acquisition de neuf parcelles de vieilles vignes d’altitude (à 500 mètres pour les plus hautes) exposées plein sud en petites terrasses. Des grenaches centenaires ou encore des Syrah quadra réparties sur la route du Prieuré Saint-Michel de Grandmont et les environs de Saint-Privat, sur un terroir homogène de grès.
L’endroit est tout à fait spectaculaire avec sa vue sur la plaine héraultaise et sur la falaise du Causse du Larzac. Spectaculaire, mais aussi préservé et isolé. Il n’y a d’autres vignes que les siennes. Une situation qui inspire à Anne-Laure le nom de son vignoble « Lasta », qui veut dire « dernière » en Esperanto.
Si d’emblée elle certifie son vignoble en bio, elle fait la part belle à la biodynamie, réalisant ses propres tisanes de frêle ou de saule. Pour le travail à la vigne, elle utilise un chevillard des années 40, mais aussi la traction animale. Pour trois de ses plus vieilles parcelles, elle compte en effet sur l’aide d’un cheval.
Les fruits de ses vendanges, elles aussi manuelles, sont portés à sa cave, une ancienne remise vigneronne, à Saint-Jean-de-la-Blaquière. Ici, même approche que pour le reste. Elle a recours au calendrier lunaire, travaille en levure indigène, pratique des méthodes d’extraction douces comme le pigeage et le remontage en fonction de sa dégustation, et vinifie par parcelle en cuve inox.
Résultats ? 15 000 bouteilles par an, et des cuvées originales et très intéressantes ! Deux pétillants naturels, un rosé et un blanc qui ne sont pas décuvés et qu’elle tire elle-même pendant les vendanges. Une cuvée de Grenache noir vinifié en blanc, le Mouton Blanc de Noir. Une curiosité avec un très court élevage en cuve inox, bâtonné le plus possible pour lui donner le gras et l’ampleur qui lui manquent.

La cuvée Languedoc, un rouge d’assemblage Grenache et Syrah. Pour celui-ci, pas d’élevage mais une cuvaison de six mois pour permettre une stabilisation avant la mise en bouteilles sans produit chimique. Et enfin, la cuvée Terrasse du Larzac, un assemblage de Grenache, de Syrah et de Cinsault. Ici, on est sur un élevage plus complexe de dix-huit mois, en cuve inox, puis en amphore et en œuf en grès suivis d’un passage en barrique deux à cinq vins et d’un vieillissement de six mois en bouteille. Pour cette cuvée, Anne-Laure utilise les vieux grenaches d’altitude, pas du tout épicés comme pourraient l’être des grenaches de plaine. Au contraire, ils portent davantage sur le petit fruit rouge avec beaucoup de fraîcheur et de structure. Des raisins qui produisent peu mais qui se concentrent beaucoup. Ce qui donne des vins en sortie de cuvaison assez carrés. D’où la nécessité d’affiner la trame tannique grâce au cuvage inox mais aussi au Cinsault qui apporte le « juteux » nécessaire. Le Syrah élevé en barrique de deux à huit vins vient complexifier l’ensemble. Il faut se rendre à l’évidence : Anne-Laure Sicard était faite pour être vigneronne.

T. 06 86 97 77 45
www.facebook.com/maslasta.fr/


Texte Marie Gineste / Photos Portraits ©Guilhem Canal