Olivier_Pinol

Olivier Pinol

Après ses études d’infographie 3D, son parcours professionnel mène Olivier Pinol jusqu’aux États-Unis chez Dreamworks, puis en Nouvelle-Zélande. Un parcours de 50 000 kilomètres autour du monde dans l’univers tr§s prisé de l’animation. Paris, Londres, San Francisco… C’est finalement à Montpellier, la ville où il est né, qu’il décide de poser les fondations de son studio, DWARF, en 2010. Dix ans après, « le rêveur » est toujours là, prêt à relerver tous les défis avec la même énergie et la même envie, inépuisables. Rencontre avec un homme au goût affirmé.

Chefs d’Oc : Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Olivier PINOL : Mon parcours est assez simple. Je dessinais tout le temps, et ce depuis l’enfance. Je tiens ce goût de ma mère. J’ai quitté le cursus général assez tôt pour préparer un CAP en communication visuelle. Je suis allé jusqu’au BAC Pro. Puis je me suis perfectionné dans les premières écoles d’animation 3D qui naissaient. Après mes études, j’ai sauté dans le grand bain direction Paris avec mon portfolio sous le bras.

Comment l’expérience parisienne se passe-t-elle ?

Globalement assez bien. Je décroche un premier job dans la pub à Paris. Et puis très vite, j’ai l’opportunité d’entrer dans le cinéma. Je deviens éclairagiste. Ma passion du dessin se transforme en lumière et photographie. On est en 2001, j’ai 24 ans. Mais je ne m’adapte pas à la vie parisienne, au stress, à la pression de la ville et de la vie. Déjà à ce moment-là, je me dis que je vais monter mon studio dans le sud de la France.

Vous retournez dans le sud ?

Pas immédiatement. Je pars quelques mois à Londres et puis finalement je décroche un contrat dans l’animation à Marseille où je travaille sur l’adaptation du “Manège Enchanté”. Mais mon objectif, ce sont les US. Parce que Pixar, parce que Toy Story, parce que Shrek. Star Wars, la Silicon Valley, la technologie, Steve Jobs, Apple, Bill Gates… J’ai l’ambition dévorante d’apprendre et comprendre comment tout cela fonctionne. J’ai toujours en tête de monter mon propre studio.

Comment êtes-vous arrivé aux États-Unis ?

Je suis resté en contact avec mon premier superviseur parisien qui, entre-temps, était parti travailler chez DreamWorks. Il fait passer mon CV et en août 2005, je suis contacté pour un entretien.

Ce doit être surréaliste…

Un peu ! Passer ainsi du rêve à la réalité a été saisissant, puis terriblement excitant à un stade aussi jeune de ma carrière. Tout est allé très vite. En décembre ma femme, notre premier enfant et moi-même étions installés à San Francisco.

Comment votre arrivée chez Dreamworks se passe t-elle ?

Les premières semaines ont été intenses. Il a fallu intégrer des outils technologiques et des méthodes de travail très spécifiques. Je m’en sors assez bien et je suis promu en seulement neuf mois. C’était un véritable défi humain et professionnel, mais également une chance unique. J’ai énormément appris. Et je retiens un élément fondamental qui me servira plus tard dans la création de mon concept : l’importance du multiculturel lorsque l’on vise l’international.

Au bout de deux ans, vous quittez les États-Unis direction la Nouvelle-Zélande…

Oui. J’avais pris confiance en moi et je ressentais l’envie d’élargir ma vision de toutes les facettes de mon métier. Lorsque j’ai postulé chez WETA, je savais qu’il y avait un gros projet en préparation. En fait il s’agira d’ “Avatar”. C’était juste incroyable. Je travaille entre 15 et 18 heures par jour, mais je vois Peter Jackson ou Guillermo del Toro tous les jours ! Et puis là-bas, ils ont une culture gastronomique incroyable, des vignobles absolument magiques. J’ai adoré la vie là-bas !

Finalement vous rentrez en France au bout de deux ans et vous créez DWARF ?

Oui. On est en 2010, je décide de rentrer à Montpellier et de monter mon propre studio. Pendant six mois, je travaille et j’internationalise le concept de base qui finalement est né de ces premières expériences. Formation, développement, j’investis dans la R&D tout de suite. Je vise l’international et les États-Unis.

Comment votre projet est-il accueilli ici ?

Personne n’y croit. On me traite de rêveur. On me donne six mois, voire un an. Mais moi j’y crois. Je me lance avec mon réseau, mes propres deniers. Dix ans après “le rêveur” est toujours là. Et avec de jolis contrats comme Netflix, Disney, Technicolor, Cartier, etc.

L’an passé vous avez en effet annoncé la signature de plusieurs gros contrats ?

Oui avec Netflix, on a travaillé sur “Trash Truck” que je vous invite à regarder dès le mois de novembre. Et on vient tout juste de signer un nouveau projet ensemble très prometteur.

Quels sont vos objectifs à court terme ?

Développer mes propres propriétés intellectuelles. C’est vraiment ce qui, moi, me fait vibrer. Attention je ne suis pas scénariste, mais j’aime intervenir sur la direction créative. Être le garant de la vision du studio.

Pourquoi avoir choisi Montpellier pour vous implanter ?

D’une part parce que ce sont mes racines. C’est ici que je suis né et que j’ai grandi. Mais aussi parce que c’est la ville de France qui se rapproche le plus en termes de qualité de vie de la Californie. Tous les Américains qui sont venus me le confirment. On est proche de la mer, des montagnes, des Cévennes, on a un cadre de vie exceptionnel avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an. Et puis quand je me suis installé, j’étais admiratif des ambitions de Georges Frêche pour la ville. Cela a compté dans mes choix. J’étais à deux doigts de le rencontrer, d’ailleurs, avant son décès. Je suis rentré en France avec une forte envie de participer à l’intégration sur le territoire français des méthodologies, des technologies et de la philosophie avec lesquelles j’ai travaillé durant ces années à l’étranger.

Olivier_PinolLe territoire, le terroir, cela compte-t-il pour vous ?

Complètement. Pour faire le lien avec la gastronomie, au bureau nous faisons venir un maraîcher. Il propose des paniers très abordables pour les employés. Et de mon côté, je mets un point d’honneur à offrir à mes collaborateurs des fruits frais, bio ou raisonnés. C’est très apprécié et d’une certaine manière, je contribue à aider un producteur local.

Est-ce que quelque chose que vous faites aussi personnellement ?

Tout à fait. Avec ma femme nous n’allons dans les hypermarchés que pour certains produits génériques. Pour le reste, nous allons au Locavorium. J’adore discuter avec les producteurs. Avec les vignerons aussi. Ma famille réside vers Aniane. Alors quand j’en ai l’occasion, j’aime me rendre sur les domaines pour goûter et comprendre l’histoire du vin ainsi que celle de la personne qui le fait.

Une préférence pour les vins d’ici ?

J’aime beaucoup le Mas Jullien. Mais aussi Cazeneuve !

Diriez-vous que « gastronomie et business » est une bonne recette ?

C’est très important. La table, cela met tout le monde d’accord. Et puis cela rejoint un état d’esprit. Lorsqu’a lieu le Festival d’Annecy, je loue une maison sur le lac, je prends quelques collaborateurs et surtout, je fais venir une cheffe à domicile, Monique, qui nous régale de recettes « maison » exclusivement réalisées avec des produits frais et bio. J’adore la gastronomie et surtout bien manger. J’en ai ressenti le manque aux USA. C’est très difficile là-bas de bien manger au quotidien. Et puis cela coûte très cher.Olivier_Pinol

Vous considérez-vous comme un épicurien ?

Oui. Mais je ne suis pas “technique”. Vous savez, ma vie c’est le barbecue. (Rires). Au cep et au sarment de vigne. Je viens d’acheter un Kamado. C’est génial ! Des légumes, un peu d’huile d’olive, quelques épices, une bonne viande… C’est mon petit bonheur !

Comment voyez-vous la gastronomie à Montpellier ?

Elle est assez qualitative, je dois dire. J’ai beaucoup d’affection pour la table de Jacques Mazerand, pour le domaine de Soriech également. J’adore la cuisine de Richard Juste. Ce sont des amis qui me l’ont fait découvrir. Quand j’ai vu qu’il était seul en cuisine, j’ai trouvé le mec incroyable. C’est la table que je recommande à tout le monde.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE GINESTE

PHOTOS ©GUILHEM CANAL