Noel Chefsdoc

Il était une fois Noël

Vous le sentez, ce petit air de fête qui flotte un peu partout ? Ces bonnes odeurs de marrons et de vins chauds ? L’arrivée de décembre rime avec coutumes et traditions, et avec elle les doux moments de préparatifs en famille en attendant noël. Riches en histoire et en croyances, les fêtes de fin d’année provençales nous font découvrir la région sous un visage nouveau, de arles à marseille en passant par aix et les baux-de-provence. Voici le récit d’un noël provençal traditionnel. L’occasion de toucher du doigt l’authenticité de notre terroir et ses rituels ancestraux.

UN NOËL PROVENÇAL

La Sainte-Barbe En Provence, on ne badine pas avec les traditions et surtout pas avec celles de Noël. Tout commence le 4 décembre, le jour de la Sainte-Barbe. Des générations entières de Provençaux ne faillissent pas à la coutume ancestrale de semer des graines de blé dans trois plats différents qu’ils recouvrent d’un coton humidifié. Si, au bout de quelques jours, les premières pousses apparaissent, ils ont l’assurance que l’année future sera sereine et joyeuse. C’est le départ de la période dite “Calendale” qui ne s’achèvera qu’à la Chandeleur le 2 février. Entre ces deux dates, une succession de traditions, de fêtes, de rites et de coutumes seront plus ou moins suivis selon les villages et les familles. Parmi ceux-ci , à ne manquer sous aucun prétexte : les fameuses pastorales.

 
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LES PASTORALES

Ces pièces théâtrales et musicales représentent la scène de la Nativité sur un ton comique et divertissant. Elles peuvent également accompagner la messe. La plus répandue est celle de Maurel mais il existe de nombreuses versions différentes qui racontent des histoires de villages et de traditions de Noël. À l’issue d’une succession d’épisodes humoristiques, tous les protagonistes se rassemblent autour de la crèche.

 

LA CRÈCHE

Que serait Noël en Provence sans ses fameuses crèches ? Elles se préparent en famille aux premiers jours de décembre. Les santons, littéralement “petits saints”, sont des petites figurines moulées dans de l’argile, qui illustrent la scène de la Nativité entourant Jésus, Marie, Joseph et les Rois mages. Des personnages inspirés du folklore traditionnel, tels que l’ange Boufarèu, les bergers – Bartoumièu, Nourat, Jaque, Micoulau, Matièu, Roubin, Chiquet, Flouret et Tistet – l’aveugle et son fils, le boumian, Lou Pistachié, le ravi … s’assemblent ainsi en une galerie de silhouettes pittoresques. On la retrouve parfois en version “vivante” durant la messe de minuit où les personnages sont représentés par les habitants du village.

 
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LA MESSE DE MINUIT

Depuis le Ve siècle, elle a valeur d’institution. Dans la nuit du 24 au 25 décembre, on s’empresse de venir écouter les chants ou cantiques en langue provençale exprimant à la fois les traditions locales et la ferveur religieuse. Un moment de communion enrichi par le rituel du “pastrage” : quand arrive l’offrande, un petit agneau de lait est présenté à l’autel – rassurez-vous, il est vivant et on ne lui fait aucun mal – accompagné de bergers en longue robe de bure, un cierge à la main. Autrefois, la messe traînant en longueur, on fut obligé de partager le dîner en deux : un repas maigre avant, un version “grasse” après. Un dîner si tardif qu’on lui donnera le nom de réveillon.

 

REVEILLON DE NOËL & GROS SOUPER

C’est l’événement phare qui ne laisse rien au hasard. Il y a une symbolique derrière chaque plat et les chiffres sont importants : la table est couverte de trois nappes blanches – trois pour les trois personnes de la Trinité – avec trois chandeliers blancs allumés et trois soucoupes de blé germé de la Sainte-Barbe. On y réserve toujours un couvert pour “le pauvre” destiné à l’âme des morts de la famille. Le souper se compose de sept plats maigres mais copieux, commémorant les “Sept plaies du Christ”. Ils diffèrent d’un coin de Provence à l’autre, mais on retrouve souvent la carde et le céleri, le chou-fleur, les épinards et la morue, l’omelette, les escargots, la soupe à l’ail etc. Mais jamais de viande. Uniquement des poissons, des coquillages, des gratins, des légumes, des soupes et de l’anchoïade. La seule abondance est celle des treize desserts.

 
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LES TREIZE DESSERTS

Leur nombre précis n’apparaît qu’à la fin du XIXe siècle. Ils sont dégustés au retour de la messe et resteront sur la table pendant les trois jours suivants, jusqu’au 27 décembre. Ils se composent des quatre mendiants : figues sèches (Franciscains), amandes (Carmélites), raisins secs (Dominicains) et noix (Augustins). Mais aussi de dattes, symbole du Christ venu de l’Orient. De nougats (le noir et le blanc). D’une fougasse appelée aussi la pompe à huile. De pâte de coing ou de fruits confits dans la région d’Apt ou de Carpentras. D’oreillettes, et enfin de fruits frais : mandarines, oranges, poires, raisins et melons d’hiver conservés pour cette occasion. Quant à la tradition de la bûche de Noël, la vraie, en bois, que l’on mettait à brûler dans la cheminée en début de soirée, elle remonte au XIIe siècle.

 

LA BUCHE DE NOËL

Cette cérémonie, nommée le “cachofio”, était très codifiée : le plus âgé de la famille emmenait le plus jeune dans la réserve de bois pour choisir une très grosse bûche d’olivier, de cerisier ou d’amandier, suffisamment importante pour pouvoir se consumer durant trois jours et trois nuits. La bûche était alors bénie et enflammée. C’est la raréfaction des cheminées en ville qui a transformé cette coutume : on se contente alors de décorer la table d’une bûchette garnie de bougies. Il faut attendre le XIXe siècle pour voir apparaître sa variante pâtissière, imitation parfaite d’un tronçon d’arbre, avec son départ de branche et ses nervures, sans que l’on sache exactement qui l’inventa. Aujourd’hui, si le dessert de Noël se nomme toujours “bûche”, il ne conserve de l’originale qu’une vague forme cylindrique – et encore, pas toujours. Il est de surcroît devenu le terrain de jeu de tous les pâtissiers créatifs qui mettent un point d’honneur à imaginer, chaque année, une version plus excentrique. À partager en famille et sans modération. Car c’est aussi cela, “l’esprit de Noël”.

 

À NE PAS MANQUER

AIX-EN-PROVENCE

 
Certainement le plus beau marché de Noël de Provence. Pour l’occasion, le cours Mirabeau a revêtu son manteau de lumières et ses décorations de fête. Plus de 50 chalets vous attendent pour remplir la hotte du Père Noël de mille et un cadeaux. Et jusqu’au 6 janvier, les manèges de Noël sont présents pour le plus grand bonheur des enfants.

 
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SALON-DE-PROVENCE

Les petits chalets colorés et scintillants de mille feux sont là pour vous guider dans vos cadeaux de Noël et vous garantir une table de fête. En bonus cette année, la cabane du Père Noël avec lutins et vieux monsieur à barbe blanche venus directement du pôle Nord. Émotion, tradition et magie, voilà ce que l’on trouve sur le marché de Noël de Salon-de-Provence. Et le 15 décembre, vous pourrez assister à la grande parade des lumières de Noël.

 

ARLES

Le Salon International des santonniers rend hommage à ces artisans qui font perdurer les us et coutumes du Sud de la France dans le cadre magnifique du cloître de l’église Saint-Trophime. Du 21 au 24 décembre, place avant tout à l’amusement avec les “Drôles de Noël” qui font briller les yeux des enfants. Durant quatre jours, les “minots” peuvent assister gratuitement à une cinquantaine de représentations. Au programme, cirque, marionnettes, contes et légendes, magie et jeux musicaux.

 

MARSEILLE

Les petits chalets des marchands ambulants des fêtes de la Nativité paradent sur la Canebière avec, comme toile de fond, le pittoresque Vieux-Port éclairé des rayons du soleil encore persistant. Et depuis 1803 se tient inexorablement la Foire aux Santons, un événement que peu de Marseillais boudent. Aux figurines en terre cuite qui décorent les crèches, d’autres préfèrent les créations des jeunes talents du Sud de la France qui se retrouvent au Grand Marché de Noël des Créateurs, situé Cours Julien. Avec pas moins de 150 exposants, il rend hommage à tous les artistes qu’il s’agisse de peintres, sculpteurs, photographes, céramistes, designers…

 
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SAINT-RÉMY-DE-PROVENCE

Le samedi 21 décembre, place Favier, vous pourrez écouter la célèbre Pastorale d’Yvan Audouard mettant en scène l’histoire de la Nativité, avec des comédiens amateurs saint-rémois, qui prendront pour un soir l’habit et le rôle d’un santon de Provence. Le lendemain, ne ratez pas les feux de la Saint-Jean sur la place Jules Pellissier.

 

ALLAUCH

Le 24 décembre, après 22 heures, le village fête l’une des plus belles traditions pastorales. La “Descente des Bergers” attire de nombreux spectateurs de toute la région, de toute la France, et parfois même de l’étranger, venus vivre un moment unique. Au son des fifres et des tambourins, c’est une véritable crèche vivante qui anime la colline de Notre-Dame du Château. Commence alors une superbe procession, qui se dirige vers l’Église Saint-Sébastien, où sera célébrée la messe de minuit. Jusqu’au 2 février, vous pourrez également admirer la 42e crèche animée de Gilbert Orsini. Créée en 1978, elle est classée “Plus belle crèche de France”.

 

LES BAUX-DE-PROVENCE

Le 24 décembre, se déroulera la cérémonie de l’aubade : bergers, tambourinaires, Arlésiennes et Mireilles défileront dans les rues du village. Cette veille de Noël, l’Église Saint-Vincent accueillera la messe de minuit, la crèche vivante et la cérémonie du pastrage.

 
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TEXTE MARIE GINESTE
PHOTOS ©GUILHEM CANAL