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Sur le grill : de Numa Hamboursin

Récompensé par le prix AICA de la critique d’art 2018, le Montpelliérain Numa Hambursin n’est autre que le fils de la galeriste Hélène Trintignan. Ancien directeur artistique du Carré Sainte-Anne, pendant près de sept ans, il invente une nouvelle façon de se saisir de l’histoire et de l’espace de ce lieu hors du commun. Auteur de nombreux textes consacrés à l’art dont on peut retrouver une partie dans le livre “Journal d’un curateur de campagne” (ou en italique, au choix), il est le directeur du pôle d’art moderne et contemporain de Cannes depuis 2018. Mais il est aussi le directeur artistique de la fondation Helenis qui ouvrira au sein de l’hôtel Richer de Belleval, place de la Canourgue, au printemps 2020. À quarante ans, l’homme de conviction ne laisse personne indifférent. Rencontre.

 

CHEFS D’OC : DANS QUEL CONTEXTE VOTRE COLLABORATION AVEC HELENIS A-T-ELLE DÉBUTÉ ?
Numa HAMBURSIN : Suite à notre rencontre, Thierry Aznar m’a proposé une collaboration sur le projet résidentiel de la Feuillade mêlant l’immobilier et l’art contemporain. Ce fut un succès. Nous avons collaboré par la suite sur d’autres projets tels que l’Artemisia à Lattes et le Sakura à Castelnau-le-Lez. C’est comme cela que les choses ont commencé.

 

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QUEL EST VOTRE FIL ROUGE ?
Je dirais, (comment) réussir à montrer qu’il existe un lien entre les artistes anciens de la Renaissance à nos jours, qu’il y a une longue tradition de grands artistes, que l’art contemporain est issu de cette lignée. Exposer dans un lieu chargé d’histoire ou un lieu historique des œuvres contemporaines qui deviennent partie de cette histoire.

 

COMMENT AVEZ-VOUS CONÇU ET PILOTÉ CE PROJET ?
C’est un lieu très particulier où toutes les époques sont présentes depuis le Moyen Âge, un peu comme un grand livre de l’histoire de Montpellier. C’est d’ailleurs l’un des rares monuments à proprement parler de la ville, mais il est incomplet. L’idée est d’en faire un palais où des chefs-d’œuvre contemporains installés de façon pérenne l’inscriront comme témoignage de l’art à travers les siècles.

 

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IL Y AURA UNE COLLECTION PERMANENTE MAIS AUSSI DES EXPOSITIONS TEMPORAIRES ?
Tout à fait. Il y aura des expositions pérennes mais aussi des expositions temporaires d’artistes avec lesquels nous collaborons actuellement, mais également d’autres artistes ; des conférences sur l’art, etc. Nous voulons donner envie aux Montpelliérains de revenir. L’organisation est encore à définir. Mais les visites se feront sans doute sur réservation. J’ai vu ce système en Allemagne, il est intéressant sur cet espace. L’idée est d’en faire un lieu le plus ouvert possible. Je souhaite l’ouvrir à certaines heures aux classes afin de montrer aux jeunes que la création contemporaine d’aujourd’hui est joyeuse, loin d’un verbiage plus ou moins hermétique ou incompréhensible.

 

SELON VOUS, Y A-T-IL UN LIEN ENTRE L’ART ET LA GASTRONOMIE ?
J’ai une vision épicurienne de l’art. On lui donne sa noblesse quand on le met au milieu des belles choses de la vie, et la gastronomie en est une.

 

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VOUS ÊTES NÉ À MONTPELLIER. VOUS CONNAISSEZ BIEN LA VILLE. MAIS EST-CE AUSSI LE CAS DE SA GASTRONOMIE ?
J’ai découvert la gastronomie assez tard. Un des chocs culinaires que j’ai connus s’est produit lorsque je suis allé manger au Jardin des Sens, j’avais 18 ou 19 ans. Pour moi, la gastronomie s’apparente aussi au voyage. J’aime, lorsque je vais dans un pays étranger, découvrir sa tradition culinaire. Un autre point cardinal est la littérature. L’art et la littérature sont intimement mêlés, de même la littérature et la gastronomie. Poser des mots sur ce que l’on est en train de vivre, parler de l’émotion vécue à ce moment-là.

 

C’EST IMPORTANT, POUR VOUS, DE SAVOIR QUI SE CACHE DERRIÈRE L’ASSIETTE ?
Pas forcément. Par exemple, par pudeur, je n’ai jamais dit aux frères Pourcel l’admiration que j’éprouve pour eux. J’aime garder la distance avec l’artiste, avec simplement le prisme de l’œuvre devant.

 

QUEL SERAIT VOTRE MEILLEUR SOUVENIR DE GASTRONOMIE ?
Le pigeon cuisiné par les frères Pourcel. C’est une viande que je n’aime pas. Mais la manière dont ils le cuisinent me fait l’envisager autrement. C’est la même chose pour l’art. On peut préparer des expositions que vous trouvez indigestes, et puis parce que, un jour, elles sont présentées d’une certaine façon dans un certain contexte, elles deviennent intéressantes, lumineuses. C’est une leçon que j’ai (re)tirée de la gastronomie.

 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE GINESTE
PHOTOS ©GUILHEM CANAL