Rencontre : Grés de Montpellier

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L’appellation qui rassemble un territoire

Isabelle Vermorel revient sur la naissance de l’AOC.

Directrice Communication & Évènementiel de l’AOP Languedoc et directrice de l’AOC Grés de Montpellier, Isabelle Vermorel œuvre depuis vingt-cinq ans dans la filière du vin. Montpelliéraine, passionnée et impliquée, nous l’avons rencontrée dans l’atelier du chef Gérard Cabiron, admiratif du travail accompli par l’appellation ces dernières années.

Qu’est-ce que l’accession à l’appellation a changé profondément pour le territoire et pour les vignerons ?
Cette reconnaissance vient couronner vingt ans de travail, mené notamment par les vignerons qui ont œuvré à faire reconnaître un terroir ambitieux et porteur d’une vraie typicité. Elle apporte une légitimité officielle et marque une étape majeure.
Derrière, un important travail de communication s’impose pour lancer une appellation encore jeune, dans un contexte concurrentiel, marqué par la baisse de consommation de vins rouges et le réchauffement climatique. Cette étape a donné un nouvel élan aux vignerons, tout en créant de fortes attentes et une curiosité accrue de la part des prescripteurs et des médias. Mais une grande partie du chemin reste encore à parcourir.

Sur quels projets travaillez-vous aujourd’hui pour continuer à structurer et affirmer l’appellation ?
Nous travaillons d’abord sur l’affirmation de notre identité propre, longtemps absorbée dans celle, plus large, de notre famille “Languedoc”. Nous avons aussi engagé une refonte de la bouteille syndicale, qui porte la gravure “Grés de Montpellier”. Le but est de créer un nouveau moule plus écologique, en allégeant la bouteille aujourd’hui à 600 g pour descendre sous les 500 g, avec une gravure modernisée. Un engagement pour un nouveau flacon ambassadeur plus léger, plus économique et plus moderne. Une démarche qui fait sens car elle s’inscrit dans une logique de durabilité environnementale et économique.

Quand cette nouvelle bouteille sera-t-elle disponible ?
Nous finalisons actuellement les choix de gravure. Notre objectif est un lancement au printemps 2026, en cohérence avec la sortie du millésime 2024, premier officiellement reconnu en AOC.

Quels sont les événements qui participent le plus aujourd’hui au rayonnement de l’appellation ?
Notre rendez-vous emblématique est la Balade Gastronomique, organisée chaque deuxième dimanche de mai en partenariat avec les Chefs d’Oc. Elle associe patrimoine, vin et gastronomie. Cette année, nous envisageons de déplacer l’itinéraire hors de l’Écusson pour rendre hommage au terminus de la ligne 5, nommé “Grés de Montpellier”, ce qui permettra un parcours plus bucolique autour des Folies montpelliéraines. Nous organisonsaussi le “Top 10”, une grande dégustation professionnelle réunissant cavistes, restaurateurs, journalistes et vignerons. Une centaine de cuvées sont dégustées, et dix d’entre elles deviennent nos cuvées ambassadrices pour l’année, fortement mises en avant dans la presse.

L’identité gustative des Grés de Montpellier a-t-elle évolué ?
Non, elle n’a pas changé, elle s’affirme ! Le cahier des charges vient consacrer une expression historique du terroir, tout en permettant aux vignerons d’inscrire leur savoir-faire dans l’évolution naturelle des pratiques et des goûts d’aujourd’hui. Les Grés de Montpellier restent des vins profondément méditerranéens, façonnés par un amphithéâtre naturel ouvert sur la mer et par une forte influence maritime. Cette proximité avec la mer favorise une maturation plus lente des baies, tempère les excès climatiques et assure une ventilation naturelle du vignoble. Les vins présentent un bel équilibre entre acidité et tanins, des profils gourmands sur le fruit et la tapenade, avec parfois une finale saline.

Comment accompagnez-vous les vignerons dans la construction et l’évolution de l’appellation ?
Le syndicat réunit environ soixante adhérents et fonctionne avec plusieurs commissions : et technique, dégustation, promotion…. La commission technique par exemple, organise des dégustations régulières pour suivre l’évolution des cuvées. Une commission innovation travaille sur un diagnostic autour d’une éventuelle reconnaissance en AOC Grés de Montpellier blanc : étude des plantations historiques, encépagements, savoir-faire et dégustations des profils blancs déjà produits dans l’aire.
Nous tenons aussi compte des enjeux du changement climatique. Le cahier des charges offre une palette de cépages qui permet aux vignerons d’adapter leurs assemblages et leurs pratiques, tout en préservant la signature des Grés de Montpellier.
Le millésime 2025 a illustré les défis climatiques : une très belle qualité, mais de très faibles rendements en raison d’un printemps pluvieux suivi de deux canicules fin juin et début Août qui ont limité les jus dans les baies Malgré cette rareté, un grand millésime se dessine !

La priorité aujourd’hui est-elle de faire connaître l’appellation ?
Oui. Comme il s’agit d’une petite appellation, notre premier enjeu est de nous installer durablement à Montpellier. Nous travaillons à constituer un réseau d’ambassadeurs : cavistes, restaurateurs, acteurs du territoire sur l’ensemble des 45 communes de l’aire. Les vignerons eux-mêmes jouent un rôle essentiel de prescripteurs, localement comme nationalement. Nous prévoyons un évènement presse, notamment à Paris, et préparons une action au Canada en 2026, un marché très ouvert aux jeunes appellations.

Quel souvenir gardez-vous du moment où l’appellation a été officiellement validée ?
C’est l’aboutissement d’un long travail collectif. Il a fallu définir précisément l’aire, démontrer l’existence d’un profil unique à travers des dégustations, et fédérer des vignerons issus de communes très différentes. La commission de l’INAO est venue visiter le vignoble, puis écouter les vignerons défendre le dossier. Après reconnaissance en AOC, le dossier a ensuite été transmis à l’Europe pour la reconnaissance en AOP. Les deux dernières années ont été marquées par une mobilisation exceptionnelle. C’est une vraie fierté, même si ce n’est qu’une étape. Nous comptons de nombreuses femmes vigneronnes et de nombreux néo-vignerons, qui apportent un regard neuf et une énergie précieuse. Ils enrichissent le collectif et l’ouvrent à de nouvelles perspectives. A l’image de Diane Losfelt, Château l’Engarran, qui a été fervente ambassadrice pour la reconnaissance de ce terroir singulier. Sa mère avait déjà ouvert la voie, notamment en exportant au Canada. Aujourd’hui, c’est Élise, sa fille, qui poursuit cet héritage, forte de son expérience de maître de cave en Champagne.

Comment voyez-vous l’avenir de la filière dans le Languedoc ?
La filière subit un “bashin” constant. Le vin est souvent réduit à son taux d’alcool, alors qu’il porte culture et émotion. Le vignoble joue aussi un rôle paysager majeur : la vigne est un coupe-feu naturel. Si l’on arrachait davantage, le risque d’incendies augmenterait. Le Languedoc possède une richesse extraordinaire : innovation, diversité des profils, qualité, accessibilité. En cinquante ans, la région a connu un essor remarquable. Le potentiel en œnotourisme reste immense.

À quoi les Grés de Montpellier ressembleront-ils dans dix ou vingt ans ?
J’espère voir un Grés de Montpellier sur toutes les tables de restauration de Montpellier.
L’objectif est que les habitants deviennent les prescripteurs naturels des vins de leur territoire. Boire un Grés de Montpellier, c’est boire un territoire, un climat, une culture. C’est goûter à l’art de vivre languedocien dans ce qu’il a de plus subtil.

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