La reconversion qui redonne une place
À Montpellier, le dispositif Des Étoiles et des Femmes accompagne chaque année une dizaine de femmes en reconversion vers un diplôme de cuisine et un retour durable à l’emploi. Encadrées par une équipe engagée et soutenues par un réseau de chefs partenaires, ces candidates trouvent dans les cuisines un espace pour repartir, se former et reconstruire leur confiance professionnelle. C’est au VR à Vin, le restaurant du chef Clément Gely, que nous avons rencontré Camille Tricot et Joséphine Cirre, figures centrales de l’antenne montpelliéraine.
Un dispositif exigeant pour accélérer l’autonomie
Présent à Montpellier depuis 2016, Des Étoiles et des Femmes forme chaque année une dizaine de femmes au Titre professionnel Commis de cuisine, en partenariat avec La Table de Cana et le GRETA de Montpellier. Le recrutement, très sélectif, commence dès juin : “On en a rencontré une soixantaine sur l’été pour, au final, en avoir 12 à la rentrée”, explique Camille. Les candidates arrivent par différents prescripteurs : “Assistantes sociales, associations, France Travail, le bouche-à-oreille”. Sur 60 femmes rencontrées, seules 40 déposent une candidature après la réunion d’information – certaines réalisant déjà que, “ au niveau des horaires ou de la charge de travail, ça ne va pas leur aller”. Puis vient une présélection d’une dizaine de femmes en septembre : “On les accompagne sur une semaine de coaching pour voir un peu pourquoi elles veulent se diriger vers cette formation, si elles vont tenir jusqu’au bout”, détaillent Camille et Joséphine, cheffe de projet de l’antenne. Enfin, une semaine d’immersion achève de tester leur motivation.

Des immersions pour confirmer ou découvrir sa voie
Les immersions sont décisives : “C’est juste pour découvrir ce qu’est une journée dans un restaurant. Certaines se disent : ‘Ah oui, en fait, rester debout toute la journée, ça ne me va pas.’” souligne Camille. Elles permettent aussi d’identifier les futurs lieux de stage : gastronomie, bistrots, restauration collective… et de créer des duos cohérents entre candidates et chefs. Les restaurateurs jouent un rôle clé. Plusieurs chefs de l’association Chefs d’Oc soutiennent la démarche, notamment Clément Gely, qui a accueilli plusieurs stagiaires.
Il le dit avec simplicité : “Cela nous permet de transmettre notre savoir-faire, notre passion. C’est presque plus vertueux que d’avoir des personnes en apprentissage”. Il décrit des profils très motivés : “Elles sont souvent beaucoup plus motivées que les plus jeunes”. Et témoigne de l’impact humain : “En peu de temps, tu vas intervenir dans la vie de cette personne, mais probablement de manière extrêmement bénéfique. C’est trop cool. Peut-être l’aider à une période charnière de sa vie”. Pour lui, la dynamique est différente : “C’est un one-shot, elles sont là peu de temps, alors on y va à fond”.
Un accompagnement global qui dépasse la cuisine
Au-delà de la formation culinaire, l’antenne montpelliéraine accompagne les femmes dans toutes les difficultés qui freinent leur accès à l’emploi. Joséphine le rappelle : “On met en place des modules complémentaires : garde d’enfants, cours de français… Mais c’est de plus en plus cher, et les financements baissent”. Certaines situations demandent une attention quotidienne : “Quelquefois, on peut être leur confident, mais ce n’est pas notre rôle”. Le but est de les aider à tenir le cap sans tomber dans le pathos : “On veut qu’elles connaissent la réalité du métier, parce que c’est là-dedans qu’elles ont décidé d’aller”. Camille ajoute : “Les restaurateurs s’adaptent beaucoup, parfois ils peuvent leur proposer des horaires en journée. Mais le but, c’est qu’elles soient à l’emploi l’année d’après”.
Un secteur en tension qui accueille avec intérêt
La gastronomie manque de main-d’œuvre, et ces stagiaires arrivent avec maturité et détermination. Beaucoup ont plus de 30 ou 40 ans : “Elles savent pourquoi elles sont là”, témoigne Clément. “Et moi, en cuisine, je les vois s’épanouir.” Des recrutements suivent parfois : “ Ils voulaient la garder”, raconte Joséphine au sujet d’une ancienne stagiaire ukrainienne. Une autre a été embauchée en CDI au Golf de Massane. Les résultats sont là : 95 à 100 % de réussite au diplôme, des retours à l’emploi rapides, parfois en restauration collective, plus adaptée à la vie familiale.


Et après la formation ?
C’est la grande frustration du dispositif : “On est neuf mois avec elles… mais certaines voient le neuvième mois comme une ligne d’arrivée alors que c’est le départ”, regrette Joséphine. L’équipe voudrait accompagner davantage : “Si l’on avait du temps et de l’argent, on ferait revenir les trois ou quatre dernières promotions pour les aider encore dans la recherche d’emploi”. Chaque année, la reconduction des financements reste une incertitude : “On recrute parfois sans savoir si l’on pourra aller au bout. C’est un challenge”. Malgré tout, l’équipe reste portée par l’humain : “Tous les ans, je prends des leçons de vie”, confie Joséphine. Certaines femmes traversent des épreuves lourdes, mais trouvent dans le dispositif un espace pour souffler. Camille l’exprime avec justesse : “C’est très riche au niveau des rencontres humaines”. Et lorsque certaines diplômées reviennent, des années plus tard, pour dire “vous avez changé ma vie”, c’est toute la force du dispositif qui apparaît.

















