Quosentis : Julie Rochon, un nez au service des chefs

0
3330

Au cœur de la Provence, Julie Rochon façonne des créations olfactives et gustatives uniques pour les plus grandes tables. Parfumeuse de formation devenue nez culinaire, elle accompagne chefs et artisans avec une précision rare. À la demande du MOF Gérard Cabiron, nous avons plongé dans l’univers singulier de Quosentis, qui fête cette année ses dix ans d’existence.

Originaire de Montpellier, nourrie très tôt par les odeurs de Méditerranée, Julie Rochon a trouvé sa voie dans l’univers invisible et puissant du parfum. Petite, elle jouait avec les miniatures de sa mère : un premier orgue à parfums improvisé qui allait déterminer tout son parcours.
Contrairement à ce que l’on peut imaginer, devenir “nez” n’est pas une affaire d’inné : c’est une discipline de travail, d’entraînement et de mémoire. Julie en est la preuve éclatante. Encouragée par un professeur qui croyait en son potentiel, elle s’oriente vers un bac STL chimie, obtient son DUT puis une licence en Parfums et Arômes à Montpellier. Elle part ensuite à Grasse, capitale mondiale du parfum, où elle perfectionne pendant près de dix ans les savoir-faire fondamentaux : formulation, création, extraction, contrôle qualité, réglementation.
Une décennie formatrice qui lui donnera la maîtrise technique indispensable à toute liberté créative.

En 2014, la vie la conduit dans le Var. Elle y installe un premier laboratoire dans le sous-sol de sa maison, un lieu dont se souvient encore Gérard Cabiron, sourire en coin : “pittoresque, surprenant… mais déjà entièrement habité par le parfum”. Elle œuvre alors en télétravail pour son ancienne maison grassoise, tout en fondant en parallèle Quosentis, qui deviendra son terrain d’expression totale. Quosentis naît officiellement en 2015. Dix ans plus tard, l’entreprise s’est fait un nom auprès des chefs, pâtissiers, mixologues, maisons d’hôtes ou établissements de prestige.

Son concept : proposer des matières premières d’une qualité exceptionnelle – extraits naturels, absolues, distillats, expressions à froid – et créer des signatures olfactives et gustatives sur mesure pour chaque client. L’expression “sur mesure” est ici littérale : rien n’est produit sans connaître la source, la méthode d’extraction, la traçabilité, la cohérence aromatique. La rencontre professionnelle avec le MOF Gérard Cabiron s’est faite presque naturellement. Sur un salon, attirée par le col tricolore, Julie engage la conversation. Très vite, les échanges deviennent des collaborations. Gérard, alors à la tête de ses boutiques, cherche des saveurs rares : chaque fois, Julie répond, cherche, ajuste, reformule. “Elle a toujours trouvé ce que je voulais”, confie-t-il. Il la recommande à d’autres chefs, et le bouche-à-oreille fait le reste. Car derrière Quosentis, il y a une idée forte : redonner aux chefs l’accès à la véritable qualité aromatique. Lorsqu’elle fait sentir à un pâtissier une fleur d’oranger authentique, celui-ci ne la reconnaît pas. “On a oublié l’odeur vraie”, explique Julie.

En gastronomie, beaucoup d’extraits utilisés sont des rebuts de parfumerie ou des dérivés non naturels. Elle, au contraire, sélectionne des matières nobles et les prépare pour qu’elles deviennent manipulables en cuisine, en pâtisserie ou en mixologie. Loin de dénaturer la plante, l’extraction en révèle la quintessence.

Son laboratoire de La Cadière-d’Azur est aujourd’hui son antre créatif : un espace baigné de lumière, entouré de vignes et d’oliviers. C’est là qu’elle pèse, teste, assemble, note sur ses carnets – qu’elle conserve depuis son adolescence. Chaque formule est pensée comme une histoire. Créer un parfum, dit-elle, “c’est trouver ce qui crée des papillons dans le ventre”. Pour un lieu, elle ne travaille jamais sans s’y rendre : architecture, matières, lumière, ambiance… tout nourrit la création.

Côté gastronomie, elle imagine pour les chefs des accords uniques : une signature gustative pour un gin, des identités aromatiques pour des boissons sans alcool, très tendance. Chaque projet est un défi, et dans sa carrière, elle n’a jamais reproduit deux fois la même création. Travailler avec Julie, c’est apprendre un langage. Elle fait sentir, compare, explique. Les chefs qui viennent au labo – loin du rythme de la cuisine – se concentrent, prennent le temps. “C’est là qu’ils découvrent vraiment les matières”, dit-elle. Son expertise technique s’allie à une sensibilité rare, ce mélange de rigueur et d’intuition qui fait les créateurs.

Quosentis, c’est enfin une sélection immense : plus de 1 000 matières premières pour les parfumeurs amateurs ou professionnels, plus de 3 000 essences côté parfum, des extraits naturels gastronomiques classés par familles – agrumes, floraux, résineux, marins, champignons, provençaux… Un univers complet, toujours en évolution.

Pour les dix ans de l’entreprise, Julie ne cherche ni expansion démesurée ni industrialisation. Elle souhaite continuer à créer, transmettre, accompagner, voyager aussi, guidée par le contact humain et les émotions – celles qu’elle crée, et celles que ses créations suscitent.